Tout savoir sur le métier d’Architecte d’Entreprise

[INTERVIEW] Quels challenges pour les profils d’Architectes d’Entreprise ?

Vous recrutez des profils d’architectes d’entreprise ? Vous êtes vous-même en train de faire carrière dans cette fonction ? Alors cet article va vous intéresser ! Il s’agit d’une interview croisée entre Laurent Garnier, associé du cabinet de recrutement Solantis, et Jordan Mariani, directeur associé de Marte Conseil, cabinet de conseil spécialisé en Architecture d’Entreprise.

Laurent Garnier : Il existe actuellement plusieurs types d’architectes SI selon leur expertise : architectes techniques, architectes applicatifs, architectes fonctionnels et architectes métiers. Quelle différence fais-tu entre un architecte métier et un architecte fonctionnel ?

Jordan Mariani : L’architecte métier se concentre sur la partie processus et langage métier tandis que l’architecte fonctionnel apporte une vision organisée du métier. L’architecte fonctionnel, parfois appelé architecte urbaniste SI, intervient sur l’organisation fonctionnelle des compétences métiers dont l’entreprise souhaite l’automatisation.

Chez les clients, constates-tu aujourd’hui une tendance à rechercher un compromis entre l’architecture d’entreprise et l’urbanisme ?

Exactement ! Ce compromis est rendu possible par la Business Architecture. Elle amène une reconnaissance des travaux des architectes fonctionnels et implique de s’extraire de l’objectif unique de rationalisation pour accepter la redondance fonctionnelle selon les besoins de performance, de volumétrie ou de sécurité nécessaire.

Selon toi, en matière de compétences recherchées par les clients, y a-t-il aujourd’hui des attentes fortes sur la partie architecture technique, fonctionnelle et métier, mais moins sur l’architecture applicative ?

Oui, il y a de moins en moins d’architectes applicatifs dédiés à l’analyse. Aujourd’hui, les architectes applicatifs ont une casquette plus opérationnelle. Leur poste n’exige plus qu’ils fassent uniquement de l’architecture, mais également du développement et de l’organisation d’équipe.

Je te rejoins sur ce point-là ! Nous avons des demandes sur des architectures techniques qui font l’infra, le télécom, le réseau, du data center, le cloud. Nos clients les appellent « architectes d’entreprise » (AE). Aujourd’hui, on trouve moins de postes d’architectes J2E, car les compétences sont intégrées dans les postes de Lead Dev ou même dans les postes de Dev !

C’est une compétence plutôt qu’un poste. Le même phénomène se produit au niveau des architectes métier, aujourd’hui business analyst, experts processus ou encore experts métier.

Pour être complet, un profil d’architecte d’entreprise devrait connaître les différentes couches d’un SI ! Selon toi, existe-t-il des architectes d’entreprise qui n’ont pas fait d’architecture applicative ou de développement ?

Il y en a qui sont en fait des architectes métier. Ils ont travaillé sur la mise en œuvre métier de décisions stratégiques d’une entreprise. Il est difficile de trouver un architecte multifonction : technique, applicative et métier. Cette triple compétence, souvent demandée, est difficile à acquérir. On considère que les architectes applicatifs n’ont pas la maturité, la connaissance, l’expérience métier nécessaire à la compréhension fine du métier.

C’est ce que je vois chez nos clients ! Les profils d’architectes d’entreprise ont rarement moins de 8 ans d’expérience : il faut avoir fait de l’architecture technique sur l’infra, du développement ou de la conception d’applications techniques et travaillé sur toutes les couches de l’architecture.

Nous sommes sur un profil qui a travaillé sur un domaine puis un autre, sans forcément avoir la vision transverse. C’est ce qui fait la particularité des profils dont on dispose chez Marte ! Comme nous avons une expérience forte en solutions de modélisation, pour être crédible sur le marché, nos collaborateurs ont participé à des projets d’AE pendant au moins 6 ans.

Pour construire ses compétences, un architecte d’entreprise doit soit passer par une expérience sur les trois couches d’architecture, soit être formé et utiliser un outil d’architecture d’entreprise. Cette dernière méthode permet d’acquérir les compétences en architecture d’entreprise au travers de l’utilisation d’outils qui permettent de modéliser les processus.

En étant un support à l’utilisation d’un outil d’AE, le consultant va assister des architectes techniques, métiers, fonctionnels et applicatifs dans leurs travaux de modélisation respectifs.
Si le collaborateur est curieux et intéressé à ce métier, il va pouvoir acquérir ces compétences d’architecte et construire sa vision d’architecture multi-domaine. Nos consultants sont, par exemple, experts des solutions de l’éditeur français Mega.

Peux-tu donner des exemples de missions avec l’utilisation de Mega ?

Tout à fait ! Un projet auquel j’ai contribué : l’implémentation de BCBS 239 dans une banque. Une réglementation issue du comité de Bâle qui impose aux banques de l’UE de remonter un certain nombre d’indicateurs de pilotage sur leur santé. Il faut également justifier la traçabilité de la production applicative de ces indicateurs.
Il s’agit d’un usage d’AE, puisqu’il est nécessaire d’avoir une vision métier de ces données, et applicative car les transformations et contrôles applicatifs doivent être également portés à la connaissance des représentants du comité.

As-tu un autre exemple dans lequel Mega a été utilisé ?

Oui. Un projet lié au RGPD. Il s’agit de réfléchir au traitement des données personnelles dès la conception du domaine applicatif tout en garantissant la capacité à supprimer ces données aux gens qui le demandent. La solution de Mega permet de définir un dictionnaire des données métiers.
Ainsi, l’entreprise cliente se dote de la capacité à tracer les données personnelles et identifier sa présence les bases de données et les applications. En ajoutant la cartographie des flux, la capacité d’analyse d’impact augmente significativement et permet de piloter la conformité RGPD en allant observer pour chacune des données personnelles si elles sont hébergées, échangées ou utilisées par une application et vérifier ainsi que l’application est conforme au consentement.

Combien d’années d’expérience faut-il pour être architecte en entreprise. Est-ce qu’il y a des jeunes diplômés ?

Avoir des architectes jeunes diplômés est illusoire, car la vision d’un architecte d’entreprise nécessite de maîtriser à la fois les problématiques techniques, applicatives et métier. En début de carrière, on s’orientera plutôt sur de l’assistance à modélisation ou de l’aide à la prise de décision à travers la maîtrise d’outils capables de restituer ces informations. Ce sont des profils « conseil », qui assistent un architecte.
Il existe un autre parcours, plus technique, autour des solutions d’AE. Nous formons des experts techniques, capables d’intégrer les solutions chez les clients. Ils participent à des projets d’architecture et profitent ainsi d’un contexte favorable à la montée en compétence. Il faut compter un minimum de 4 à 5 ans de pratique avant d’être architecte d’entreprise.

Qu’est-ce que tu vois comme réalité sur ces fonctions en entreprises ?

Les entreprises ayant acquis un minimum de maturité en architecture en ont bien compris les enjeux et disposent d’architectes techniques, applicatifs, métiers et/ou fonctionnels. Elles ont donc une forte demande en architectes d’entreprise pour agréger toutes ces différentes compétences et en faire émerger une valeur supplémentaire.
Il y a d’autres sociétés où finalement les architectes sont d’anciens experts d’un domaine qui se restreignent à produire des schémas d’architecture ou des normes. Ceux-ci semblent avoir des difficultés à appréhender les nouveaux enjeux de l’IT : agilité, devops, data-centrism, etc.

Comment les entreprises abordent-elles les compétences d’Architecture d’entreprise ?

Je pense qu’on est arrivé au bout du modèle « un domaine = un architecte ». L’architecture donnée s’ajoute désormais aux trois autres, tout en étant complémentaires les unes des autres.
Ces compétences transversales d’architecture reviennent au premier plan avec la montée en puissance de l’agilité. Le risque de l’agilité est d’accumuler tous les projets en mode agile et de constituer un SI ingérable. Pour éviter cet écueil, les architectures de type micro-services ont le vent en poupe. Ces architectures nécessitent l’intervention d’architectes capable de combiner les visions métiers et applicatives.

Peux-tu nous faire une présentation de Marte ?

Marte est un cabinet de conseil d’environ 20 personnes. Nous sommes historiquement spécialistes dans le processus de fabrication et déploiement logiciel. Ces dernières années, nous nous sommes concentrés autour de deux activités : l’AE et les problématiques de déploiement, release management et #devops.

Sur la partie AE, avez-vous des secteurs de prédilection sur lesquels vous intervenez ?

Aujourd’hui, c’est particulièrement le secteur des banques-assurances-mutuelles, dans la mesure où l’IT présente une forte dépendance avec leur cœur de métier. Ce sera évidemment de plus en plus vrai pour toutes les sociétés. En effet, toujours plus d’entreprises considèrent les systèmes d’informations comme un centre de profit, et moins comme un centre de coût. Ce changement est significatif, car l’AE a un ROI bien plus intéressant si elle produit de la valeur, que si elle sert simplement à rationaliser le coût de l’IT.

Nous espérons que cette interview vous aura éclairé sur les fabuleux métiers de l’architecture IT. Vous pouvez maintenant consulter nos offres d’emploi actuellement disponibles, nous y avons régulièrement des postes ouverts en architecture.

Envie de poursuivre votre lecture ? Découvrez dans ce cas les articles de notre blog dédié au recrutement.

LA TEAM SOLANTIS